Dysplasie du coude chez le chien

L’articulation du coude est constituée par trois 3 os distincts, le radius, l’ulna et l’humérus. La dysplasie du coude est une anomalie de développement qui affecte principalement les chiens de race moyenne à grande. La dysplasie du coude regroupe trois entités différentes : la fragmentation du processus coronoïde médial, la non union du processus anconé et l’ostéochondrite disséquante. Les chiens atteints de dysplasie du coude ont le plus souvent une seule de ces atteintes. Parfois les entités sont combinées chez un même patient. 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

1. La non union du processus anconé

a. Qu’est ce que la non-union du processus anconé ?


Le processus anconé est une petite projection osseuse sur la partie supérieure de l’ulna, le plus long des deux os de l’avant-bras. Le processus anconé contribue à former la partie caudale de l’articulation du coude. Le processus anconé est séparé chez le jeune du reste de l’ulna par une plaque de croissance qui fusionne au-delà de 5 mois. 

Les plaques de croissance sont présentes aux extrémités osseuses chez les animaux en croissance et au niveau de chacun des sites de développement osseux. Normalement, les plaques de croissance se ferment à la puberté : leur fermeture marque la fin de la croissance en longueur du squelette. 

Si le processus anconé ne s’unit pas correctement au reste de l’ulna, le patient présente une non-union du processus anconé, une des entités de la dysplasie du coude. 


b. Est ce que l’atteinte est héréditaire ?


Cette atteinte semble héréditaire dans certaines races, notamment chez les chiens de race grande à géante. Chez les animaux atteints, la plaque de croissance est anormale et le processus ne s’unit pas au reste de l’ulna. Les bergers allemands sont particulièrement touchés. Les mâles sont plus souvent atteints que les femelles. Des facteurs alimentaires peuvent influer sur l’incidence de cette atteinte. On note une corrélation entre le développement de la dysplasie du coude et une alimentation trop riche en calcium et trop énergétique. 


c. Quels sont les symptômes de la non-union du processus anconé ?


La NUPA entraîne une instabilité du coude à l’origine de boiterie et de douleur. L’instabilité entraîne une inflammation articulaire caractérisée par un épanchement synovial. La pathologie évolue vers une dégénérescence arthrosique du coude atteint. Dans certains cas, le processus anconé est libéré dans le compartiment caudal de l’articulation du coude, majorant l’inconfort. 


Les chiens atteints présentent une boiterie et peuvent présenter une douleur à l’extension du coude. Le coude atteint présente souvent une diminution de l’amplitude de mouvement. 


d. Le diagnostic


L’examen clinique est souvent fortement évocateur d’une dysplasie du coude. La non-union du processus anconé peut être diagnostiquée radiologiquement. Un examen tomodensitométrique (scanner) est indiqué si d’autres atteintes concomitantes sont suspectées (fragmentation du processus coronoïde médial). 


e. Le traitement


Le traitement dépend du degré d’arthrose, du degré d’instabilité du processus anconé, de la sévérité de l’incongruence articulaire, les lésions associées. 


L’arthroscopie du coude permet de déterminer le degré d’instabilité du processus anconé, la présence d’atteintes concomitantes (FPC), le degré des lésions arthrosiques associées.

La fixation du processus anconé, associée si nécessaire à une ostectomie ulnaire correctrice de l’incongruence articulaire est indiquée lorsque les lésions arthrosiques sont mineures.

Si les lésions sont sévères et le processus libéré, le retrait de ce dernier est indiqué. 

Si le processus anconé demeure relativement stable et l’arthrose avancée, le traitement des éventuelles lésions associées (FPC) et la prise en charge de l’arthrose sont indiquées. 

Dans tous les cas, un traitement précoce est recommandé avant installation des lésions arthrosiques. Le traitement médical (médications par voie orale, infiltrations) est indiqué dans les cas où l’arthrose est sévère et les solutions chirurgicales correctrices ne peuvent plus être mises en oeuvre.


f. Le pronostic


Si la non union du processus anconé n’est pas traitée chirurgicalement, la boiterie progresse rapidement et le chien souffre rapidement d’arthrose. Si la chirurgie de fixation du processus anconé est retardée ou si l’atteinte est sévère, la fixation du fragment peut être compliquée voire contre-indiquée en cas d’arthrose avancée. Dans tous les cas la cicatrisation est lente dans la mesure où une anomalie du développement est à l’origine du problème. 

La chirurgie permet de limiter significativement l’évolution arthrosique. Même en cas de traitement chirurgical, les anti-inflammatoires sont nécessaires en association avec les chondroprotecteurs pour limiter la progression de l’arthrose. 


g. La rééducation


Une rééducation adaptée améliore la récupération postopératoire et diminue la boiterie postopératoire. Une restriction de l’activité est nécessaire durant les premières semaines ou mois postopératoires ce qui autorise uniquement la marche en laisse. Le repos doit être plus strict lors de fixation du processus anconé. 

Dans tous les cas, le programme de rééducation dépend du patient et est adapté individuellement en postopératoire. 


h. Pourquoi la stérilisation est-elle recommandée en cas de dysplasie du coude ?


La dysplasie du coude revêt une composante héréditaire. Les individus atteints ne doivent donc pas être mis à la reproduction. Dans tous les cas, il est souhaitable d’informer l’éleveur de la présence de la dysplasie. En effet, les éleveurs s’impliquent dans une politique d’éradication de la dysplasie en sélectionnant génétiquement les individus exempts et en écartant les individus atteints ou leurs ascendants.  



2. La fragmentation du processus coronoïde

a. Qu’est ce que la fragmentation du processus coronoïde ? 


La fragmentation du processus coronoïde (FPC) est une anomalie de développement de l’un des processus coronoïdes. Les processus coronoïdes (le médial et le latéral) sont deux petites protrusions osseuses situées à l’extrémité distale de l’ulna au sein du coude et qui marquent les limites de l’articulation radioulnaire. La FPC se caractérise par la libération de l’apophyse médiale. Il existe différents stades de sévérité : fissuration, fragmentation, associés à une dégénérescence arthrosique plus ou moins marquée. L’atteinte coronoïdienne cause douleur et inflammation articulaire. 


 
 
 
 
 
 
 

b. Est ce que l’atteinte est héréditaire ?


Une composante génétique est le plus souvent présente et les mâles sont plus fréquemment atteints que les femelles. Les chiens de grande race sont les plus souvent atteints : Bouvier Bernois, Golden et Labrador Retriever, Rottweiler et Bergers Allemands. On rencontre cependant la FPC également dans des races de taille moyenne telles que les Bouledogue Anglais par exemple. Pour certains la FPC serait une manifestation de l’OCD (cf infra). La FPC est plus fréquente avec un régime alimentaire riche en calcium et hyperénergétique. 


c. Quels sont les symptômes de la FPC ?


En cas de FPC, la boiterie apparaît généralement entre 5 et 11 mois. Le chien présente une boiterie avec appui discrète à modérée. On constate le plus souvent une légère rotation externe de la main. Une douleur peut être manifestée lors de l’extension du membre. La palpation du coude est douloureuse, ce dernier est gonflé. Lors d’évolution arthrosique avancée, on note une diminution de l’amplitude de mouvement. L’atteinte est souvent bilatérale même si un coude est généralement plus atteint que l’autre.


d. Le diagnostic


Si une boiterie persiste plus de 2 semaines chez un jeune chien de race moyenne à géante, un bilan d’imagerie est nécessaire. En première intention, un bilan radiologique avec des incidences spécifiques est réalisé. Si la radiographie ne permet pas de conclure, un examen tomodensitométrique (scanner) est nécessaire. Cet examen permet de déceler les atteintes du processus coronoïde dans plus de 97 % des cas. Si le doute persiste une exploration arthroscopique peut être indiquée. 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

e. Le traitement


La chirurgie est le traitement de choix des fragmentations du processus coronoïde médial. Le but de l’intervention est de retirer tout cartilage anormal et de rétablir des rapports anatomiques normaux au sein de l’articulation. Un nivellement sous-coronoïdien sous arthroscopie peut être indiqué. 

L’arthroscopie est la technique de choix de par son caractère mini-invasif et en raison de l’excellente visualisation des structures articulaires qu’elle permet. Le grossissement des éléments anatomiques (x10) permet un traitement efficace et précis. 

Le traitement médical (médications par voie orale, infiltrations) est indiqué dans les cas où l’arthrose est sévère et les solutions chirurgicales correctrices ne peuvent plus être mises en oeuvre.


f. Le pronostic


En l’absence de traitement chirurgical, les manifestations dégénératives (arthrose) s’installent rapidement et la douleur chronique s’installe. Le traitement chirurgical de la FPC doit être le plus précoce possible pour limiter les conséquences arthrosiques. 


Dans tous les cas, des lésions arthrosiques s’installent mais l’intervention permet de limiter significativement leur sévérité. Même en cas de traitement chirurgical, les anti-inflammatoires sont nécessaires en association avec les chondroprotecteurs pour limiter la progression de l’arthrose.


g. La rééducation


La rééducation est une composante importante de la prise en charge thérapeutique de la FPC. En postopératoire immédiat, un repos strict est nécessaire. Des exercices de mobilisation passive (flexion-extension) sont indiqués. Selon les cas, une activité modérée à faible impact peut être initiée 3 semaines après l’intervention. 

Dans tous les cas, le programme de rééducation dépend du patient et est adapté individuellement en postopératoire. 

Le contrôle du poids est essentiel et si nécessaire un régime alimentaire adapté est nécessaire. 


h. Pourquoi la stérilisation est-elle recommandée en cas de dysplasie du coude ?


La dysplasie du coude revêt une composante héréditaire. Les individus atteints ne doivent donc pas être mis à la reproduction. Dans tous les cas, il est souhaitable d’informer l’éleveur de la présence de la dysplasie. En effet, les éleveurs s’impliquent dans une politique d’éradication de la dysplasie en sélectionnant génétiquement les individus exempts et en écartant les individus atteints ou leurs ascendants.  



3. L’ostéochondrite disséquante


L’ostéochondrose est un développement anormal du cartilage présent aux extrémités articulaires. L’ostéochondrite disséquante consiste en la libération d’un fragment de cartilage à partir de l’os sous-jacent. Le coude peut être atteint au niveau du condyle huméral médial. 

 

a. Quels sont les chiens atteints d’OCD du coude ?


L’OCD du coude est un trouble du développement qui concerne les jeune chien de race moyenne à géante, typiquement entre 6 et 9 mois d’âge. Le problème est plus fréquent chez le chien mâle. Les régimes alimentaires riches en calcium et hyperénergétiques favorisent l’apparition de l’OCD.  


b. Les symptômes


L’OCD du coude est responsable d’une boiterie dont la sévérité dépend du degré d’atteinte de l’articulation. La palpation du coude est douloureuse, les culs-de-sac synoviaux sont gonflés. Dans certains cas, le boiterie est discrète ou intermittente. Parfois la douleur est telle que le patient boite sans appui. 


c. Le diagnostic


Le bilan radiologique permet généralement de poser le diagnostic. Dans certains cas, un examen tomodensitométrique (scanner) est nécessaire afin de préciser les lésions, notamment les lésions associées (FPC). Dans certains cas, un examen arthroscopique est nécessaire afin de poser un diagnostic précis. 


d. Le traitement


Le traitement dépend de la sévérité de l’atteinte : ramollissement du cartilage en cas d’ostéochondrose, libération d’un volet cartilagineux en cas d’ostéochondrite disséquante, libération d’une souris articulaire (fragment de cartilage libre dans l’articulation). 


Les lésions d’ostéochondrose peuvent évoluer favorablement avec un repos strict pendant plusieurs semaines. La seule activité autorisée est la sortie hygiénique en laisse pour les besoins. Un traitement chondroprotecteur à forte dose est nécessaire. 

En cas de lésion sévère ou si le traitement conservateur ne permet pas d’évolution favorable des lésions d’ostéochondrose, la chirurgie est nécessaire. L’arthroscopie est la technique chirurgicale de choix. Elle permet un retrait du fragment cartilagineux et un traitement de la surface sous-jacente par un mini-abord et offre au patient une récupération très rapide. 


e. Soins postopératoires


Le retrait du volet d’OCD permet de diminuer l’inflammation articulaire et amène à un remodelage de la surface articulaire. Les lésions arthrosiques s’en trouvent limitées. 

Un repos strict est nécessaire durant les 2-3 premières semaines postopératoires : marche au pas en laisse, uniquement pour les besoins. Un traitement anti-inflammatoire et un traitement chondroprotecteur sont nécessaires. Un programme adapté de physiothérapie est prescrit selon les lésions mises en évidence lors de l’intervention. Une activité normale peut être reprise 6 à 8 semaines après l’intervention. 


f. Le pronostic


L’OCD du coude est une affection très arthrogène. Les atteintes du condyle huméral médial sont généralement étendues et sévères. Si le traitement chirurgical est nécessaire afin d’éviter une dégradation articulaire rapide et sévère, l’évolution arthrosique est systématique. Un traitement chirurgical précoce est donc nécessaire. Le contrôle du poids est important et un régime alimentaire spécifique peut être nécessaire.