Sténose des narines
Sténose des narines
Voile du palais
Allongement du voile du palais
Oesophagite
Reflux oesophagien chez un brachycéphale
Voile palais
Allongement du voile du palais
Eversion débutante des ventricules laryngés
Eversion débutante des ventricules laryngés
Trachée normale
Trachée normale
Collapsus trachéal secondaire
Collapsus trachéal secondaire
Pylore normal
Endoscopie digestive : pylore normal
Protrusion amygdalienne
Protrusion amygdalienne chez un brachycéphale

SYNDROME BRACHYCEPHALE CHEZ LE CHIEN ET LE CHAT OU SYNDROME OBSTRUCTIF DES VOIES RESPIRATOIRES SUPERIEURES

Qu'est ce qu'un animal brachycéphale ?

Les chiens et les chats brachycéphales ont un crâne remanié avec une face et un nez raccourcis. Littéralement brachycéphale signifie « tête courte ». Certaines personnes parlent d’animaux à face plate. 

Le remodelage des tissus osseux de la face et leur raccourcissement entraîne des modifications des éléments tissulaires non squelettiques. Les animaux brachycéphales ont un écrasement de la face, avec des narines qui sont le plus souvent rétrécies. Le nasopharynx (lieu de convergence entre les cavités nasales et la gorge) est généralement remanié chez le brachycéphale.

Les chiens brachycéphales couramment rencontrés sont le bouledogue français et anglais, le carlin, le pékinois, le lhassa apso, le shih tzu, le boston terrier, le boxer, le cavalier king charles. Chez le chat, les persans et les himalayens sont les représentants les plus connus. 

La conformation faciale tant appréciée des ces individus n’est pas sans poser problème. 


Qu'est ce que le syndrome brachycéphale ou syndrome obstructif des voies respiratoires supérieures ?

Le syndrome brachycéphale ou syndrome obstructif des voies respiratoires supérieures regroupe un ensemble d’anomalies physiques fréquentes dans les races citées ci-dessus. 

Il est souvent fait état de syndrome du « voile du palais ». L’allongement du voile du plaie n’est qu’une anomalie parmi d’autres. 

Une ou plusieurs de ces anomalies peuvent être présentes chez un individu atteint de syndrome obstructif des voies respiratoires supérieures :

 
  • Sténose des narines : rétrécissement sévère des narines
  • Allongement du voile du palais et épaississement : le palais mou interfère normalement avec la pointe de l’épiglotte ; lors d’allongement il s’étend au delà de la glotte et pénètre l’appareil respiratoire en s’engageant dans le larynx vers la trachée. Avec l’inflammation chronique, il tend à s’épaissir. 
  • Eversion des ventricules laryngés : les ventricules ou saccules laryngés sont de petits culs-de-sac localisés dans le larynx en arrière des cordes vocales, dont ils jouent le rôle de caisse de résonnance. L’augmentation des efforts inspiratoires générée par la sténose des narines et l’allongement du voile du palais entraîne un retournement des ventricules laryngés, qui s’étendent alors en partie ventrale du larynx et obstrue les voies respiratoires supérieures. L’éversion entraîne généralement un rétrécissement de l’espace glottique utile (diamètre utile de passage aérien au niveau laryngé) de 35 à 55 %. 
  • Sténose trachéale : cette affection consiste en une diminution du diamètre de la trachée. 


Chacune de ces anomalies rend la respiration plus difficile pour le patient car chacune d’entre elle entraîne une augmentation de la résistance des voies respiratoires et donc une augmentation des efforts inspiratoires. 

Avec le temps les brachycéphales développent d’autres lésions : inflammation et gonflement du larynx (laryngite) et de la gorge (pharyngite), protrusion amygdalienne (les amygdales basculent dans le pharynx avec la dépression inspiratoire chronique), collapsus ou rétroversion de l’épiglotte, du larynx et /ou de la trachée, engagement de la muqueuse épiglottique dans l’espace glottique. Chacune de ces complications limite d’autant plus le diamètre respiratoire utile et complique la respiration du patient brachycéphale au quotidien. 


Quels sont les symptômes du syndrome brachycéphale ?

Les symptômes des animaux atteint de syndrome obstructif des voies respiratoires supérieures sont classiquement divisés en 4 catégories :


  • Problèmes respiratoires
    • Difficultés respiratoires 
    • Respiration difficile et/ou bruyante
    • Toux
    • Reniflement
    • Cyanose
    • Anomalies de posture destinées à faciliter la respiration
  • Problèmes digestifs
    • Vomissements
    • Eructations, gaz coliques
    • Difficultés à la déglutition
  • Intolérance à l’exercice et à la chaleur
    • Récupération difficile
    • Fatigabilité 
    • Syncopes 
  • Problèmes cardiaques
  • Autres problèmes en lien avec la brachycéphalie
    • Augmentation de l’incidence des atteintes dentaires et parodontales
    • Augmentation de l’incidence des atteintes oculaires
    • Pyodermites des plis de la face



Le diagnostic du syndrome brachycéphale

Le diagnostic d’une obstruction des voies respiratoires supérieures nécessite :

  • Une connaissance parfaite de l’anamnèse (historique du patient)
  • Un examen clinique complet
  • Eventuellement une analyse des gaz du sang (pH et taux de CO2)
  • Des radiographies thoraciques
  • Une endoscopie des voies respiratoires supérieures et de la trachée : cet examen est déterminant. Il permet d’apprécier l’ensemble des structures laryngées et leur fonctionnement. Cet examen permet notamment d’apprécier la motricité du larynx. 
  • Une culture bactérienne et une biopsie des voies respiratoires supérieures
  • Une endoscopie digestive en cas de troubles digestifs sévères associés. Si les troubles sont modérés, l’endoscopie est proposée à 2 mois postopératoire, à défaut de normalisation des fonctions digestives (ce qui concerne 85 % des patients)



Le traitement du syndrome brachycéphale 


Les animaux atteints de syndrome obstructif des voies respiratoires supérieures peuvent être pris en charge pour améliorer leurs conditions respiratoires.

Les traitements sont d’autant plus efficaces qu’ils sont mis en œuvre rapidement. Ils nécessitent une intervention chirurgicale couplée à un traitement médical. 


L’intervention consiste à corriger les différentes anomalies présentées précédemment. L’intervention a pour but d’augmenter le diamètre utile des voies respiratoires supérieures et de diminuer la pression inspiratoire. 


Les anomalies du voile du palais sont traitées par résection de la partie terminale (palatoplastie terminale) ou plastie en couverture (palatoplastie folded flap). Cette dernière technique présente l’avantage de limiter l’œdème palatin postopératoire en région glottique et permet de diminuer l’épaisseur du voile du palais en cas d’épaississement inflammatoire de ce dernier. Le laser permet de diminuer l’inflammation postopératoire, la douleur laryngée postopératoire et favorise la cicatrisation tissulaire. Avec le traitement laser les sutures ne sont pas nécessaires.


Les ventricules laryngés éversés sont traités par résection, ce qui permet de libérer l’espace glottique. Le laser permet de diminuer l’inflammation postopératoire, la douleur laryngée postopératoire et favorise la cicatrisation tissulaire. 


Les protrusions amygdaliennes sont traitées par amygdalectomie bilatérale avec suture de la fosse amygdalienne.


En cas d’engagement de la muqueuse épiglottique vers la glotte, une plastie épiglottique est réalisée sur sa face inférieure avec ablation de la muqueuse excédentaire responsable de l’engagement laryngé. 


La bascule épiglottique est traitée par pexie de l’épiglottique sur la face dorsale de la langue. 


Le traitement des narines sténotiques consiste en une résection du cartilage alaire. L’élargissement du passage narinaire permet une amélioration du flux inspiratoire. 



L’intervention chirurgicale donne d’excellents résultats en l’absence de lésions secondaires. Il est donc fondamental de planifier une intervention précoce, idéalement avant l’âge de 1,5 ans ou 2 ans. A cet âge le risque de lésions secondaires telles que le collapsus laryngé, les lésions bronchitiques chroniques ou les répercussions cardiaques est moins important. 

En cas de sténose trachéale, une respiration restrictive peut persister.  


Suite à l’intervention, un traitement médical permet de limiter les répercussions digestives. La prescription d’anti-acides durant une durée moyenne de 2 mois permet de faciliter la normalisation du tractus digestif. Si toutefois des troubles digestifs persistent à 2 mois postopératoire, une endoscopie digestive avec biopsies est recommandée à la recherche d’une maladie inflammatoire chronique associée. 




Pourquoi est-il important de dépister et traiter le syndrome brachycéphale chez votre compagnon ?


Le chien ou le chat brachycéphale souffrant d’une obstruction des voies respiratoires supérieures est prédisposé à de nombreuses manifestations en lien avec le rétrécissemnt des voies respiratoires supérieures. 


Risque accru de coup de chaleur : les chiens régulent leur température corporelle par le halètement et la transpiration des coussinets plantaires. En inspirant le chien apporte de l’air frais au niveau pulmonaire et il expluse l’air chaud lors de l’expiration. Ce processus est limité chez les animaux présentant un rétrécissement des voies respiratoires supérieures. Les chiens et les chats brachycéphales ne doivent pas être exposés à la chaleur. 


Intolérance à l’exercice : lors d’activité physique, la demande en oxygène augmente. La fréquence respiratoire est donc augmentée. Chez le brachycéphale, le rétrécissement des voies respiratoires ne permet pas un apport massif d’oxygène lors d’activité physique importante d’où leur intolérance à l’exercice et leur difficulté à la récupération suite à un effort. 


Augmentation des risques anesthésiques : en raison du rétrécissement des voies respiratoires supérieures et des tissus excédentaires présents en région pharyngée, les brachycéphales présentent un risque anesthésique accru en l’absence de traitement de leur syndrome obstructif des voies respiratoires supérieures. La plupart des agents anesthésiques ont des propriétés myorelaxantes qui tendent à limiter l’ouverture laryngée dynamique et à favoriser l’obstruction des voies respiratoires au réveil. Ces animaux doivent bénéficier de techniques anesthésiques adaptées et notamment d’un apport d’oxygène en période de réveil. La pose d’une sonde nasotrachéale permet de maintenir l’ouverture glottique durant les heures suivant le réveil anesthésique et assure la perméabilité des voies respiratoires supérieures. 


Les brachycéphales sont très populaires. Leur apparence est unique et leur faciès séduit de nombreux propriétaires. Malheureusement leurs caractéristiques morphologiques peuvent être à l’origine de problèmes majeurs. Une prise en charge précoce et adaptée permet de leur donner un confort de vie normal et permet de prévenir de graves complications qui résultent de l’obstruction des voies respiratoires supérieures.